07/03/2010 - CR semi-marathon de Paris

Une petite mise au point

OK, ça paraît bizarre de courir un semi lorsqu'on prépare un déca . En quoi cela peut-il être utile de faire une telle compétition lorsque ça ne représente même pas 1% du temps que je compte faire au Mexique? Je pense que ce qui est le plus important, quelle que soit la distance qu'on prépare, c'est d'avoir une bonne condition physique. À ce titre, une préparation classique type marathon - avec donc un semi quelques semaines avant la course cible - est un excellent moyen et de se mettre en forme, et de vérifier, chiffres à l'appui, son niveau de performance. Donc voilà, je m'aligne sur un semi.

Profil du parcours
Vu comme ça on croirait presque que ça monte, mais à part la descente au km 12, c'est que du faux-plat tout doux, si on est en forme, c'est du beurre.

Depuis 4 semaines, je suis un plan d'entraînement marathon conçu Serge Cottereau en essayant de coller au plus près au programme. J'adapte bien sûr à mon contexte, sachant que j'agrémente de quelques sorties vélos, d'un peu de natation, et que je ne peux pas toujours respecter les temps des sorties préconisées, souvent trop longues pour mon emploi du temps. Le plan représente une charge d'environ 11h d'entraînement hebdomadaire, sur 6 à 7 sorties, dont 3 à 4 sorties incluant des séries avec de la résistance douce et de la résistance dure. Dans l'ensemble, c'est pas un plan très facile, il faut mouiller le maillot. Le plan que je suis correspond à un objectif de 2h40', tandis que je vise, en réalité, 2h50'. Je soupçonne que j'ai un léger surpoids (78kg pour 1m82) pour réaliser mes meilleures performances possibles et j'imagine, à tord ou à raison, qu'il faut que je m'entraîne comme quelqu'un qui serait très très près de son meilleur temps possible (d'où le 2h40') même si en pratique ce n'est pas mon cas.

Peu importe, j'ai récemment fait quelques séances sur piste, et les chronos m'ont un peu inquiété. Je me suis trouvé abominablement lent. Autant j'étais remonté comme une pendule après les test à l'INSEP avec une estimation de VMA à 19km/h autant là je me suis retrouvé à peiner à maintenir un 15km/h sur la fin de séries de 3km. J'arrive à tenir du 3'45" au km sur des séries de 2km, mais tout cela, même dans le cas le plus optimiste où je me considère très endurant, ne me permet pas de prétendre aux 2h50' sur marathon.

Zut, flûte.

Donc ce petit semi est une bonne occasion de vérifier sur le terrain mon niveau, c'est bien beau la piste et l'entraînement, mais rien de vaut l'épreuve du feu pour savoir où l'on en est.

Mon épouse Valérie est aussi de la fête, elle participe pour la seconde fois, avec un objectif à « un peu plus de 2h ».

La course

Ce 7 mars 2010, il fait froid. Froid sec, très froid. Un peu plus froid même que ce que j'imaginais. En grelottant sur l'esplanade du Château de Vincennes, malgré le pull (moche!) que je m'apprête à jeter avant le départ, je regrette presque de n'avoir prévu qu'un t-shirt. Valérie a misé sur un collant et un bon maillot manche longue, je commence à maudire ma confiance inébranlable qui m'a fait croire que de toutes façons, à l'allure où j'irai, j'aurai pas froid. Chacun se réchauffe comme il peut, nous nous collons derrière une benne à ordure, pour nous protéger du vent glacial.

Nous nous séparons 20 minutes avant le départ, je rejoins mon sas « 1h35' » en espérant que la promiscuité avec les autres coureurs va me réchauffer. Bof, pas terrible. Je jette mon pull au dernier moment, à peine 2 minutes avant le top départ. J'ai pas le choix, je dois me jeter à l'eau! Je regarde au loin. Sont-ils partis? Ah oui, je crois. J'enclenche ma montre un peu après le départ officiel, mais tout de même 50 secondes avant de franchir l'arche de départ. À ce stade je trottine mais je suis très loin du rythme cible, que j'estime entre 15km/h et 16km/h. Si je pouvais faire moins de 1h20', je ne serais pas fâché.

Je slalome comme un fou, je zig-zague, je déboîte, je me rabats, je double je double, je n'arrête pas. OK, je vise 1h20' et je suis dans un sas 1h35', c'est normal que je sois un peu au-dessus du lot. Mais tout de même, je croise des types qui courent à 11km/h (grand maximum...) dont un à qui je « démoule » presque sa chaussure gauche, car je lui ai marché sur le talon. J'ai du mal à me sentir désolé, chacun doit choisir le bon sas, moi j'ai pris le mieux que je pouvais avoir sans justificatif sur la distance, c'est son problème s'il a eu une super combine pour avoir un préférentiel alors qu'il ne vaut manifestement pas mieux que 1h50'. Tant pis pour lui, je trace. Je suis le premier à respecter les coureurs qui terminent en 2h et plus, j'ai moi aussi commencé la course à pied à un niveau modeste et j'ai pleinement conscience que c'est grâce aux 20000 derniers que la course existe et qu'on a le droit de bloquer des rues en plein Paris, mais bon, faut respecter la règle du jeu, et le cas échéant, ne pas se plaindre de se faire applatir par le peloton. Fin de l'épisode.

Je contrôle mon temps de passage au km 5. Je suis légèrement mieux que 15km/h. Bon, voila, le 1h20' semble mort car il faudrait aller vraiment plus vite et je suis déjà bien monté dans les tours (150 au cardio) mais sait-on jamais. Je continue. Tiens, j'ai croisé Mohamed de l'USA Argenteuil, il a l'air heureux de courir. Je suis moi-même content de mon début de journée.

Il y a maintenant moins foule (au moins, ça ne bloque plus) mais je continue à doubler des coureurs en continu. Encore un coureur d'Argenteuil. Ha, et puis, enfin, voici les Muses Tanguent. Je passe au ras de chez ras à deux doigts d'Anne-Sophie et leur envoie un baiser avec la main mais elles sont trop concentrées sur leur morceau. Bon, tant pis, j'ai pas trop envie de m'arrêter. Je maintiens tant bien que mal un rythme « un peu mieux que 4' au mille ». Parfois ça monte légèrement, parfois on se paye un vent glacial de face. Mon t-shirt est trempé de sueur. Mes mains sont gelées. Mais je ne peux pas dire que j'ai froid. J'enfume tout le monde dans une descente, j'ai gardé un bon jeu de jambes, je fatigue sans fatiguer.

Temps de passage
Bonne régularité. Sans surprise, pour obtenir ce résultat il faut relancer régulièrement, avoir l'impression d'accélérer tout le temps. Ce n'est qu'une impression.

Je suis presque las. J'ai pas vraiment l'énergie de tout donner, pourtant je remonte continuement des coureurs. J'ai l'impression que je pourrais aller encore plus vite et l'instant d'après je me dis que si jamais je remets un pouillème de vitesse je vais complètement exploser. S'il faut je suis en train de faire la course parfaite, celle avec un negative-split. Je ne sais pas, c'est comme si j'avais besoin que la fin se fasse dans la difficulté pour être certain de n'avoir aucun regret, être sûr d'avoir tout donné. Dans ma préparation de cette course je voyais les 3 derniers kilos comme une espèce d'ultime série longue où je donne tout ce que j'ai en stock. Ce n'est pas vraiment ce qui se passe. Je place plutôt une accélération progressive - en même temps assez efficace car malgré un vent de face assez soutenu je tiens la cadence - qui me permet de combler les trous entre les groupes de coureurs qui sont de plus en plus clairsemés et aussi de faire un final plutôt correct, où sans sprinter je finis ouvertement avec une bonne foulée dynamique et efficace. Je suis pourtant bien moins attaqué qu'après, par exemple, mon test à l'INSEP, dont je viens d'ailleurs de faire le tour.

Sprint final
En plein boom! J'adore le slogan de Saucony: "Nous savons [que certaines addictions n'ont pas besoin d'être traitées] car nous courons" ;)

Alors, bilan de la course? Le chrono? 1h21'45". Pour 2h50' sur marathon, sur le papier, c'est pas assez. Reste à savoir si ma course était optimale ou pas. D'un certain point de vue j'ai été hyper régulier. Je peux peut-être gratter un petit peu en optimisant le départ (pas de slalom!) et j'aurais peut-être pu me mettre légèrement plus en sur-régime. Mais attention, je connais la musique, en partant trop vite, on explose et alors là, badaboum, on fait comme ce coureur que j'ai doublé au 17ème et pour qui le final dans le bois de Vincennes a du être une véritable torture, en mode locomotive qui souffle fort, souffre terriblement et n'avance plus.

On verra bien. Je pense pouvoir assurer le « moins de 3h » (comme en 2008 et 2009), le reste sera du bonus.

Ce qu'il ne fallait pas faire...

OK, pour moi, la course est finie. Mes doigts sont gelés, malgré mes gants cyclistes. Je suis frigorifié, je rejoins la voiture en grelottant, constate avec dépit que mes beaux bracelets en tricotin, que m'avaient confectionné mes filles, sont restés cachés sous ces fameux gants. Zut. C'est pour ça que j'ai pas tombé le 1h20', je n'avais pas mes grigris!

Puis j'attends Valérie. Elle devrait être dans les 2h05' à 2h15'. Il y a foule. Je vois passer les meneurs d'allure 2h. Une ambulance remonte le parcours. Puis enfin, Valérie est là. Je lui emboîte le pas, j'ai retiré ma puce mais j'ai toujours mon dossard. Elle court bien, elle accélère progressivement. J'en bave un peu pour suivre car mes membres sont tous raidis par ma compétition et par le froid. Enfin, il ne reste que 500 mètres, c'est la quille, elle place une ultime accélération et...

...et stop. Stop, 100 mètres avant la ligne.

Bouchon à l'arrivée
De 5 à 10 minutes de perdues à l'arrivée pour tous les coureurs et coureuses aux alentours de 2h. Et surtout une grosse déception, le plaisir de franchir la ligne d'arrivée totalement gâché, troqué contre de longues minutes d'attente dans le froid, avec le chrono qui défile, impassible. Bof.

Elle est bloquée par une foule compacte, et elle mettra 5 bonnes minutes à franchir l'arche qui était à même pas 100 mètres. C'est la douche glacée, le plaisir gâché de franchir la ligne d'arrivée en pleine extension, remplacé par une attente inexplicable, inexpliquée - pas d'officiel de l'organisation pour prendre les choses en main - et qui laisse les coureurs dégoûtés, face à des bénévoles désemparés qui ne peuvent pas gérer ce flux surdimensionné de coureurs qui arrivent sans discontinuer. Le bouchon grossit.

Un bénévole a l'idée géniale de récupérer les puces sur un côté et a ouvert la grille, ainsi Valérie peut s'échapper rapidement et éviter encore une autre longue attente pour la médaille, le bout de banane, la bouteille de boisson, bref, toutes sortes de choses qui n'ont maintenant plus aucune valeur.

Je conçois qu'un organisateur puisse rencontrer des difficultés mais là, au prix de l'inscription, et vu son status - ASO, c'est pas une association à but caritatif qui débute dans le domaine - il y a clairement un bon vieux gros carton rouge à distribuer.

C'est dommage, la fête a été gâchée pour ceux pour qui elle compte vraisemblablement le plus, tous ces coureurs qui font l'essence des courses populaires. On s'en fiche complètement de savoir qui a gagné, le souvenir qui me restera c'est cette foule d'anonymes déçus, et c'est bien dommage.

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Mis à jour le dimanche 14 mars 2010.